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vendredi 23 septembre 2011

Pas de quartier pour l'échec scolaire


PAS DE QUARTIER POUR L’ECHEC SCOLAIRE
Privilège  d’une minorité, l’éducation permanente doit devenir un droit 
pour tous les adultes

Octobre 1993, école Buffon, ZEP de Colombes, une réunion de parents dans ma classe de CE2. Ali raconte ses difficultés à expliquer chez lui  devoirs et leçons à ses enfants. Tel un sésame, son intervention libère la parole d’autres parents. Qu’ils soient d’origine maghrébine, bretonne, ou auvergnate, ils témoignent tous des mêmes frustrations:
« L’école, c’est bien joli, mais comment aider nos enfants quand on a été soi même en échec scolaire, qu’on ne sait pas bien lire… »
Ali et moi, on se connaissait bien, avec d’autres parents et enseignants, cinq ans auparavant, nous avions créé un comité « école quartier » pour faire reloger une trentaine de familles vivant, comme Ali, dans des taudis insalubres générateurs de retard scolaire aggravé. Au nom du traitement économique de l’échec scolaire, les instits s’étaient mobilisés. Mais bien que relogés en HLM, les enfants continuaient à rencontrer de sérieuses difficultés en classe. De ce constat est née l’association Ecole Solidaire, décidée à oeuvrer au traitement économique mais aussi culturel des cités de banlieue. Un programme tenant en une formule: pas de quartier pour l’échec scolaire !
En tant qu’enseignant, j’envoie alors une lettre à Yves Calvet, Pdg de Peugeot où Ali est ouvrier, afin que ce papa obtienne des heures d’éducation permanente sur son temps de travail, pour soutenir scolairement ses enfants. Lors d’un entretien, le DRH propose un financement pour l’achat de livres. Sur le principe, Ali refuse. Ce qu’il veut, c’est être enseigné pendant la journée. Avec la fatigue du travail et les obligations familiales, il ne voit pas d’autres solutions.
Le 6 Mai 1994, Ecole-Solidaire décide alors de rendre publique une proposition de loi pour le droit des adultes à l’éducation permanente, sur le temps de travail ou sur le temps de chômage (formation continue…maîtrise de la langue écrite…ouverture culturelle). En septembre 95, le journal Le Monde nous ouvre ses colonnes dans les pages « Horizon- Débats ».
 Les pouvoirs publics sont restés sourds. Aujourd’hui, les banlieues explosent.  En effet, il ne saurait y avoir de «sécurité sociale» digne de ce nom sans «sécurité culturelle». L’inégalité dans l’accès au Savoir génère de nombreuses autres inégalités. Au delà de l’urbanisme et de l’emploi, rien ne doit faire oublier l’indispensable et nécessaire traitement culturel gravé depuis 1946 dans le préambule la Constitution: «La Nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture ».
On a coutume de réduire le système éducatif à la seule école, alors que l’enfant ne passe que 10% de son temps en classe (sur une année civile) ! Rien d’étonnant alors que l’emploi du temps passé en dehors de l’école conditionne dans une si large mesure la réussite ou l’échec scolaire de l’enfant.
Dans les familles d’enseignants et de professions libérales, 80% des jeunes obtiennent un diplôme d’études supérieures, à  peine 20% dans les familles d’ouvriers et de personnel de service. Dans les cités de banlieue, quantité de parents au cursus scolaire trop court, souffrent de ne pouvoir soutenir les enfants dans leurs études, de ne pouvoir les aider dans leurs devoirs et leurs leçons. Il s’ensuit un échec scolaire massif, cause de chômage, de désespoir et de violence. A l’inverse, dans les milieux favorisés, après leurs études supérieures, les parents bénéficient d’une dynamique d’éducation permanente, non seulement dans un métier qui les valorise socialement mais aussi dans la sphère familiale. Pour les enfants, c’est un facteur essentiel de réussite scolaire et d’insertion socio-professionnelle.
De  nombreux emplois peu ou pas qualifiés disparaissent depuis trente ans, longtemps destinés à ceux qui n’avaient pas réussi à l’école, ces métiers sont balayés par la révolution informatique. L’échec scolaire est nu, il n’est plus masqué par le plein emploi. Quand on sait que l’enfant passe 90% de son temps en dehors de l’école, comment peut-on encore imaginer l’éducation des enfants indépendamment de celle des parents ?
 Lutter sérieusement contre l’échec scolaire, c’est exiger la mise en place de structures d’accompagnement pour que tous les adultes continuent d’accéder à l’instruction bien après seize ans. Qu’ils continuent d’accéder à ces savoirs qui passent par la maîtrise de la lecture, outil indispensable de compréhension et de transformation du monde. Des savoirs qui vous font acteur de votre propre avenir.
Aujourd’hui, être solidaire, c’est se positionner publiquement pour permettre aux populations des cités de banlieue de tendre vers le confort culturel qui est celui des couches favorisées de la population :
L’élève ne doit plus masquer l’enfant…ni la famille qui est la première des écoles.
     Tous les jeunes  devraient bénéficier, chez eux, d’un confort culturel générateur de réussite scolaire. Pour cela, il faut que les parents obtiennent effectivement le droit d’accompagner culturellement les enfants sur les chemins de l’Ecole.
L’avenir démocratique de notre société se joue dans la volonté qu’auront hommes et femmes des milieux favorisés de tirer un trait d’union solidaire entre les centres-villes et les cités de banlieue. Dans la volonté de revendiquer l’éducation permanente pour tous les adultes, sur le temps de travail comme sur le temps de chômage.
Tant que ce droit ne sera ne sera pas acquis, l’école égale pour tous restera un mythe.                       (03/12/05)

                                  Alain Vidal, enseignant à Nantes, porte-parole d’Ecole-Solidaire

A la Rectrice de l’Académie de Nantes



Alain VIDAL                                                                                         le 27-03-02
Instituteur à l’école de la Fraternité. Nantes
vidal.mothes@wanadoo.fr
02 40 89 32 03                                                          
                                                    
                                              Madame la Rectrice de l’Académie de Nantes


   Lundi 25 mars, deux policiers en civil viennent dans mon école me remettre une convocation émanant du commissaire de Nantes. En tant que rectrice, vous avez déposé plainte contre x “ pour dégradations volontaires de biens publics ”. Je serais mis en cause.
Menées sur fond de  grève de plusieurs milliers  d’enseignants, pour l’obtention de  500 postes, l’occupation d’une inspection académique, le franchissement du mur d’enceinte de la mairie, un porte forcée pour  occuper la salle du conseil municipal, une autre porte forcée pour occuper le rectorat…toutes ces actions sont illégales. Actions illégales certes, mais commandées par l’intérêt supérieur des enfants.
Le devoir d’un instituteur est d’enseigner l’histoire sans fard, notamment l’histoire des luttes sociales, l’histoire de ces hommes et de ces femmes, enfonçant des portes, occupant illégalement leur lieu de travail, se battant, parfois au péril de leur vie, pour la journée de huit heures, la semaine de quarante heures , les congés payés, la sécurité sociale…pour tous ces droits qui sont aussi les vôtres, madame la rectrice. Pour tous ces droits encore si fragiles et  si menacés, pour tous les autres à venir,  il y a devoir de  se souvenir, il y a devoir d’agir.
 Oui, il y a urgence à forcer les portes face au délit d’indifférence dont se rendent coupables les pouvoirs publics. Pour n’avoir pas forcé la porte  de son ministre, un haut fonctionnaire a été accusé par le procureur, de délit d’indifférence au procès du sang contaminé. Invoquant naïvement son devoir de réserve, ce haut fonctionnaire s’est attiré les foudres du magistrat: le délit  d’indifférence faisait jurisprudence.
L’assistance à personne en danger ne souffre aucun pantouflage, aucun conformisme. Sans sous-estimer le poids des facteurs familiaux socio-culturels, quantité d’enfants sont en danger par insuffisance de moyens alloués à l’école. Scandale de l’amiante, scandale du sang contaminé, scandale des classes surchargées, tout finit par se savoir ! Mais, que de souffrances, que de vies gâchées. Pourquoi attendre ?
Reconnues pour leur sérieux, les enquêtes de l’INSEE  sont accablantes pour les pouvoirs publics. Maladies, accidents de la route, accidents ménagers, alcoolisme, tabagisme, échec scolaire…les pourcentages s’élèvent dangereusement  en raison  inverse du niveau scolaire des parents.
Comment oublier à ce point que les enfants d’aujourd’hui sont les parents de demain ? Quel aveuglement! Une ouvrière a trois fois  plus de risques qu’une cadre supérieure d’avoir un bébé prématuré. L’espérance de vie d’un ouvrier est de dix ans inférieure à celle d’un cadre. L’instruction a toujours été la meilleure des préventions contre les inégalités acquises.
Par échec scolaire aggravé, des jeunes sombrent dans la délinquance, des vies sont fracassées. Forcer les portes ? Oui, c’est urgent. Concernant la délinquance des jeunes, les enseignants ont à  réaffirmer inlassablement la primauté de l’instruction  sur la répression, la primauté de l’instruction   sur l’enfermement des enfants dans des centres dits d’“ éducation renforcée ”, la primauté du droit des parents à l’éducation permanente sur la suppression des allocations familiales et autres humiliations de ce genre.
 Instituteurs, rectrice… nous sommes avant tout des citoyens. Sortons de nos petits conformismes quotidiens, de nos plans de carrière qui nous bâillonnent. Allons guerroyer aux frontières de nos statuts ! Etablissons  le contact autrement que par commissaire de police interposé.
 Madame la rectrice, n’attendez pas que des parents portent plainte pour non assistance à enfants en danger. Nous connaissons la réalité, vous la connaissez. Madame la rectrice, rejoignez nous et ensemble nous serions plus forts pour faire céder la porte d’un ministre qui reste sourd à nos revendications. Il ne s’agit plus de  convenances surfaites, mais de devoir. Vous briseriez l’assourdissant silence de l’indifférence.
                                              Vous forceriez le respect.
                                                                                            Alain VIDAL

dimanche 18 septembre 2011

Proposition de loi sur la sécurité culturelle

                                                            aux députés et sénateurs
                                                         PROPOSITION DE LOI
                                             SUR LA SECURITE CULTURELLE

                                    CONTRE  LE  DEVELOPPEMENT  SEPARE
              DES  CENTRE-VILLES  ET  DES  CITES  DE  BANLIEUE

                                             POUR LA REUSSITE DES ENFANTS

                                                        DROIT DES ADULTES
                                   A DES HEURES HEBDOMADAIRES
                                      D’EDUCATION  PERMANENTE
                 formation continue…maîtrise de la langue écrite…ouverture culturelle

                                                SUR LE TEMPS DE TRAVAIL
                                                                ou
                                     SUR LE TEMPS DE CHOMAGE

Selon les entreprises, ces heures pourraient être regroupées sur plusieurs semaines ou plusieurs mois…
Le volume d’heures hebdomadaires serait attribué en fonction de certains facteurs, notamment le degré de difficulté rencontré dans la pratique de la langue écrite.
Les mères ou pères au foyer bénéficieraient des mêmes droits grâce à la mise en place d’un réseau conséquent d’aides ménagères

6 Mai 1994



    Des milliers d’années durant, le monde paysan a connu un système éducatif unidimensionnel: la famille transmettait savoirs  et savoir-faire. Héritage d’une société industrielle en profonde mutation, notre système éducatif à deux dimensions (école et famille) n’est plus adapté dans de nombreux quartiers. Le confort culturel dont jouissent certaines familles représente pour  leurs enfants un espoir considérable de réussite et d’intégration.
    Par contre, de nombreux parents, en cité  de banlieue notamment, ont du mal à aider les enfants à étudier. Depuis une vingtaine d’années, quantité de métiers disparaissent; ils furent longtemps destinés à ceux qui n’avaient pas réussi à l’école…
    N’étant plus masqué par le plein emploi, l’échec scolaire est devenu synonyme de chômage. L’enfant ne passe que 10% de son temps à l’école: comment imaginer l’éducation des enfants indépendamment de celle des parents alors que la maîtrise du savoir est  actuellement la première des richesses ?



Notre nouveau mode de production exige un système éducatif à trois dimensions ECOLE  -  FAMILLE  -  EDUCATION PERMANENTE

Initiative d’instituteurs et de parents de cité de banlieue, l’association Ecole Solidaire regroupe des lycéens, des étudiants, des médecins, des travailleurs sociaux, des élèves des grandes écoles…autour de pratiques solidaires de proximité entre centre-villes et cités de banlieue



premiers signataires de la proposition de loi

        A.Vidal, A.Mothes, J.P Hurel (instituteurs en ZEP)-A.Temmache, K.Boudjema,V.Pointard, G.Pointard (parents d’élèves en ZEP)-D.Igert,Ph.Planard,T.Rault (ingénieurs)-D.Mouralis,B.Cogez  (étudiants)-J.Subira (dipl.Sciences Po).
       D.Brocheux, J.M Cogez, E.Cogez (médecins) - F.Mouralis, F.Bernard (conseil en formation)–M.Rhétière (directrice E.M.P)-M.Combret (éducateur)-A.Debrenne (ergothérapeute)-C.Cardinaux (direct.am.adj)-J.L Michniack (acheteur industriel)-G.Feuerlicht (conservateur)-M.C Antoinat (bibliothécaire)-J.Weydert (formatrice)- D.Faure (conseiller principal d’éducation, lycée Buffon, Paris).
        M.Noin-Ledanois (proviseur du lycée Buffon Paris)- M.O Barbier-Bouvet (chargée de mission)-J.Pochon (universitaire)-J.M Drouin (chargé d’étude ,Cité des Sciences)-M.T Fouillade (chargée de communication pédagogique et culturelle, Académie des Sciences ) - B.Mouralis ( directeur UER, lettres modernes, université de Cergy-Pontoise).

P.Bourdieu (professeur au collège de France)-E.Guyon (directeur de l’école normale supérieure, Ulm)-A.Jacquard (biologiste, généticien)-J.Gaillot (évêque)-J.Higelin (artiste)-L.Schwartzenberg (cancérologue).

J.P Sagaspe (directeur de l’école nationale des arts et métiers, Paris)-R.Constantin (président de la charte des grandes écoles, fédération des bureaux d’élèves: AGRO, ARTS ET METIERS, CENTRALE, ENSAE-PARIS, ENSTA, ESCP, HEC, MINES, POLYTECHNIQUE, PONTS ET CHAUSSEES, SUPELEC, TELECOM )- C.Pair (ancien recteur, professeur d’université)-J.Delors (ancien président de la commission de l’union européenne)-T.P Mendès-France ( président de l’association “Trajectoire”).

“ La nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture ”
( Constitution de 1958 )
La sécurité “ sociale ” peut-elle se concevoir sans la sécurité “ culturelle ” ?

PAS DE QUARTIER POUR L’ECHEC SCOLAIRE
    
     L’éducation permanente ne doit plus être un privilège réservé à une minorité. Le savoir reste encore la richesse la plus inégalement partagée…
           Tous les parents doivent  obtenir le droit effectif d’accompagner les enfants sur les chemins de l’école et de la citoyenneté.

Je souhaite que cette proposition de loi soit débattue et votée par le parlement



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                                                            merci de diffuser et de renvoyer à :
ECOLE SOLIDAIRE               5,  avenue Louis Vasseur    44 000  NANTES
02 40 89 32 03                                                                                  vidal.mothes@wanadoo.fr